leuk-et-bouki

Il était une fois, au village des animaux de Ndoumbélane, une situation très désagréable. Il ne se passait pas un jour sans que quelqu’un ne signale un vol à son domicile, la destruction de ses cultures ou le sabotage d’une construction. La situation commençait à devenir vraiment énervante. Or, à chaque fois, le seul et unique coupable de ces problèmes, n’était autre que l’éternel… Bouki-la-hyène.

Il était à l’origine de tous les conflits et tous les dégâts.

Alors, tous les animaux se sont réunis un jour pour trouver une solution définitive à ce problème ambulant.

Bouki-la-hyène a donc été convoqué et Oncle Gaïndé-le-lion lui dit :
– Bouki, tu crées vraiment beaucoup de problèmes ! Chaque jour, tu es mêlé dans des histoires de vols, de vandalisme, de destructions de biens, de mensonges, de malversations. Ça suffit !

– Oncle Gaïndé, tout ceci n’est que calomnie. Je suis toujours innocent. Ce sont les autres animaux qui m’accusent à tort et qui se moque de moi. je n’ai jamais fait de bêtises, je suis le plus sage de tout le village, répondit Bouki-la-hyène.

– Voici un autre grand mensonge Bouki, continua Oncle Gaïndé. Moi-même je suis témoin de tes bêtises. Nous nous sommes tous réunis et avons décidé de te donner une sévère correction : tu seras battu !

– Ce n’est pas juste mais j’accepte. Cependant, je préfère que la correction me soit donnée par un seul animal, sinon ce serait trop déloyal, vous tous contre moi, ce serait injuste, continua Bouki.

– Pour une fois, tu as raison, accepta Oncle Gaïndé, nous allons demander à un d’entre nous de te corriger alors.

– Ce n’est pas fini, l’interrompit Bouki-la-hyène. Pour me corriger, il faudra d’abord que ce soit lors d’un combat, un duel, et c’est moi qui choisirai mon adversaire.

– Bouki, tu exagères là, s’énerva Oncle Gaïndé. Mais d’accord ! Choisis ton adversaire, qu’on en finisse.

Alors, Bouki-la-hyène se retourna et regarda toute l’assistance.

Il regarda d’abord Segg-le-léopard : « Il faut être fou pour l’affronter lui », pensa- t-il.
Plus loin, il vit Mame Gniey-l’éléphant : « Trop gros », dit-il .
Vers la gauche, Golo-le-singe se grattant la tête : « Trop agile, difficile à attraper », songea-t-il Tout derrière, il aperçu Djamala-la-girafe : « Trop grande celle là », pensa t-il.

Assis dans son coin, il y avait Leuk-le-lièvre. Bouki le regarda longuement, puis, il se dit : « Celui là est un peu trop malin, il est suffisamment petit pour que je puisse le battre mais je suis sûr qu’il va encore me jouer un sale tour, comme il me le fait toujours. Ce n’est pas prudent de le choisir comme adversaire. »
Dans sa réflexion, Bouki aperçut une ombre furtive qui essayait de quitter en douce le lieu de la réunion et il cria :

« BEY !!!!!! Bey-la-chèvre, jubilait Bouki ! C’est Bey que je choisis comme adversaire. »

chevre

– Non, mais arrête Bouki ! répondit Oncle Gaïndé-le-lion. Tu ne peux pas choisir Bey, ce n’est pas raisonnable, choisis quelqu’un d’autre !

– Ah non, Oncle Gaïndé, tu étais d’accord pour que je choisisse mon adversaire, j’ai choisi Bey-la-chèvre, ce sera elle sinon on laisse tomber, répliqua Bouki grognon !

Tout le monde essaya de faire changer d’avis Bouki mais il resta inflexible.

Depuis que son nom a été prononcé par Bouki-la-hyène, Bey-la chèvre n’arrivait plus à se contenir : elle tremblait de tous ses membres. Elle était à un doigt de quitter l’assistance quand Bouki l’a aperçue et choisie. Quelle malchance !

Elle tremblait tellement que ses dents s’entrechoquait : kat-kat-kat-kat-kat…

Elle en avait perdu la voix et se contentait de lancer des « mbééééé !»

Alors, Mame Mbonaate-la-tortue proposa une solution :

– D’accord Bouki, tu as choisis ton adversaire mais ce choix est pour le peu inéquitable. Dans ce cas, il faut donner à Bey-la-chèvre un délai de quelques jours pour qu’elle puisse se préparer physiquement.

– OK, pas de problème ! Je lui accorde un délai de 15 jours, répliqua Bouki, content, puis il s’en alla déjà victorieux.

Bey-la-chèvre était inconsolable. Elle était atterrée, désespérée !

Même les encouragements de ses amis n’y faisaient rien.
Oncle Gaïndé-le-lion enleva son « Ndomb lapeu-také», le gris-gris qu’il portait sur son bras et qui lui valait son fameux coup de patte auquel nul ne pouvait résister. Il lui tendit mais les pattes de Bey-la-chèvre étaient trop fines pour retenir le gris-gris. Oncle Gaïndé finit par passer le gris-gris autour du cou de Bey comme un collier.
Golo-le-singe essayait de lui apprendre des prises de judo et des feintes, mais Bey était encore trop paniquée pour comprendre quoi que ce soit. Elle se contentait juste de trembler : kat-kat-kat ……

Pendant 15 jours donc, Bey-la-chèvre subit un entrainement intensif : des « appui-avant », du footing, de l’haltérophilie, du kung-fu, du karaté, du judo, de l’aïkido et j’en passe. Tous les animaux sont passés pour lui donner à tour de rôle une astuce, une botte secrète, un conseil, un gris-gris mais elle restait inconsolable, tremblant de tous ses membres.

Bouki, quant à lui, restait introuvable. Personne ne l’a vu nulle part jusqu’au jour du combat.

Le combat avait été fixé à 18h au stade de Ndoumbélane et, très tôt, les supporteurs des deux camps avaient occupés toutes les places. Le stade était plein comme un œuf, personne ne voulait louper le combat du siècle.

combat

Les supporteurs des deux camps ? C’était trop dire, tout le monde était avec Bey.
Tout le monde était là sauf… Bouki-la-hyène. Où pouvait-il bien être à quelques heures du coup de sifflet ?

17h30, pas de nouvelles de Bouki…
17h45 : pas de nouvelles de Bouki…
17h50 : rien…
17h55 : On aperçoit Bouki qui apparait au loin, rentrant tranquillement dans le stade, avec un seau sous le bras.

– Bouki, où étais-tu ? Qu’est-ce qu’il y a dans ton seau ? lui demandèrent les animaux.

– Ce n’est pas votre problème ! Vous m’avez tous ignoré depuis 15 jours, vous avez tous bien montré que Bey-la-chèvre était votre favori, continuez comme cela et ne vous mêlez pas de mes affaires, rétorqua Bouki furieux.

– Mais dis nous juste ce qu’il ya dans ton seau.

– Non, laissez moi tranquille, termina sèchement Bouki.

Bouki alla donc seul dans son coin, toujours avec son seau recouvert d’un torchon. Les quelques curieux venus pour essayer de soulever le torchon furent rudement chassés par un Bouki intraitable.

Bey de son coté, était à son 15ème bain rituel (safara) avec toutes sortes d’eaux bénites venues des plus grands marabouts de la brousse. Elle avait tellement pris de bains qu’on ne savait plus si elle tremblait de peur ou de froid.

A 18h donc, Leuk le-lièvre, l’arbitre, donna le coup de sifflet, non sans donner des recommandations d’usage :

– Pas de coup bas, pas de coup en dessus de la ceinture, pas de morsure d’oreille (Tyson), on ne continue pas le combat en dehors des sacs de sables, ordonna t-il aux protagonistes.

Au le coup de sifflet, contrairement à ce que l’on pouvait craindre, Bouki ne se ruât pas sur Bey, il se contenta juste d’un balancement de bras calme (leweuto).

Soudain, il attrapa une des pattes de bey.

Un tonnerre de cris d’angoisse s’éleva des gradins, Bey était perdue, elle allait être terrassée par Bouki.

Il n’en fût rien ! Bouki tira la patte de Bey jusqu’à son coin, mis sa main dans son fameux seau et en sorti un produit indéterminé dont il enduisit copieusement la patte de Bey avant de la lâcher.

Lorsque Bey fut lâchée, elle couru, haletante jusqu’à l’autre bout le l’arène en criant : « Mbééééééé !!!! »
Bouki lui, était tout aussi calme et repris son jeu balancement de bras.

Leuk-le-lièvre, l’arbitre, a pu convaincre Bey après de gros effort, de reprendre ses esprits, et le combat aussi.
Au bout de quelques minutes, Bouki saisit à nouveau une seconde patte, la tira jusqu’à son seau et la ré-enduisit de son produit. Bey était effondrée, ses pattes baignaient dans du …

Quelques minutes après, Bouki agrippa fortement l’échine de Bey et reprît une poignée de son produit et l’étala sur le dos de son adversaire. Bey n’en pouvait plus de crier.

Après une folle course poursuite, Bouki plongea sur adversaire, la coinça dans le creux de son aisselle, la traina jusqu’au seau et enduisit la tête et le museau de Bey du fameux produit.

A ce moment, Bey, sortit sa langue et lécha le produit en question dont on l’enduisait depuis 15 mn et s’écria :
« C’EST DE LA MARINADE !!!! »

Bouki avait décidé de mariner Bey-la-chèvre avant même de l’avoir vaincue et tuée.
Le stade était sens dessus-dessous. C’était incroyable ! Les animaux sur les gradins étaient partagés entre incrédulité et hilarité.

La seule pour qui la situation n’était pas drôle, c’était Bey, qui courrait en rond en criant : « C’est de la marinade, c’est de la marinade ! »
Bouki, dans un ultime effort attrapa finalement Bey, la souleva jusqu’au plus haut, d’une main. De l’autre, il prit de son seau une copieuse poignée de marinade de son seau, l’étala sur le ventre de Bey, la dernière partie à mariner : Bey était fin prête pour lui.

Bey était enfin fin prête pour l’estocade finale.

La marinade était complète.

La tension était à son comble, le ciel raisonnait des cris horrifiés de tous les spectateurs.
Bouki, qui maintenait toujours Bey en l’air, se rendit compte qu’il y avait une goutte de marinade qui perlait du ventre de sa proie.

Il souleva alors Bey plus haut, avec ses 2 bras, la mis au dessus de sa tête en essayant de capter au vol cette de goutte de marinade qui perlait et qui le faisait saliver abondamment. Il était hors de question de perdre une goutte de marinade.

En essayant de se concentrer sur cette goutte, Bouki finit par trébucher sur une pierre et chuta lourdement sur le sol, les 4 fers en l’air (4 appuis), écrasé par le poids de Bey au dessus de lui.
Bey venait de « terrasser » Bouki !

Moralité : il ne faut pas mariner la chèvre avant de l’avoir terrassée (ou vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué)

le combat

A bientôt pour une autre histoire.

toubibadakar

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Je suis toubib! Docteur si vous voulez, gynécologue obstétricien plus précisément! Je suis né à Dakar, j'y ai grandi et fait toutes mes études du CI à la Spécialisation. J'adore écrire presque autant que mon boulot. Il m’arrive souvent d’écrire de petits articles biographiques sur ma vie de médecin à Dakar, et au Sénégal surtout, lors de mes missions en brousse. Je compte bien vous dire ici: pourquoi, comment, quand , ou, ma vie avec mes patient(e)s, sans mes patients, contre mes patients et pleins d’autres choses encore.
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