Témoignage d’une femme qui a été excisée.

Témoignage pour se libérer !

Merci de nous donner l’occasion de nous libérer de ces moments douloureux que nous avons traversé dans l’enfance.

Moi je suis ivoirienne, je viens de l’ouest où la pratique de l’excision continue toujours, c’est vraiment déplorable.

Je me souviens de cette expérience comme si c’était hier :
Nous étions au village nous avons assisté à une cérémonie de « fête des excisées ». Cela était tellement intéressant que quand on nous disait qu’on devrait être excisées nous aussi, cela était vraiment une joie pour moi, j’ignorais que ça serait un moment très marquant de ma vie.

L’année qui a suivi, j’avais 9 ans, pendant les vacances, on nous a amenées dans un lieu retiré de la ville.

Nous étions 9 filles, des petites et des plus grandes. Des femmes sont venues nous chercher, les unes après les autres, avec des chants dont elles seules connaissaient la signification.

Une fois arrivée sur les lieux de l’excision, une femme commence à te déshabiller, elle porte un pagne sur la tête.

Ensuite elle ôte le pagne, là, j’avais vu le sang sur le pagne mais je ne comprenais pas d’où ça venait.

Les moments qui ont suivi ne s’expliquent pas, c’est indescriptible, ça se vit mes sœurs.

Les premières urines après l’excision, je ne vous dis pas la douleur que c’est…

Et comme si ça ne suffisait pas, le lendemain, quand elles sont venues nous chercher pour les soins, elles ont déclaré que je n’étais pas bien excisée, qu’il y avait encore un reste de clitoris.

On invita encore la matrone à venir m’exciser une 2eme fois ! Dans la même plaie !

J’étais vraiment dégoûtée. L’excision a eu des persécutions sur ma vie…

Par exemple pour l’accouchement : ma gynécologue me déchirait chaque fois que je devais accoucher, parce-que j’étais excisée.

Mon 3eme bébé est né prématuré ce qui a fait que j’ai été épargnée.

Côté sexuel, aucun plaisir. Mon mari trouve que je suis sèche à tout moment.

Il m’arrivait de demander à d’autre soeurs : « comment on ressent du plaisir ? » parce que je n’en ai aucune idée. C’est dommage.

J’ai vraiment essayé de toute mes forces de surmonter ce traumatisme et de vivre une vie normale, sans m’attarder sur cela.

J’ai remarqué qu’un petit bout de clitoris est resté. Je dis bien « petit »et là, souvent je sens un peu de plaisir ! Je me contente de cela, même si c’est pas à tout moment que je le ressens.
C’est vraiment triste.

Excusez-moi pour la longueur de mon témoignage mais je veux dire que nous avons subi  la pire des méchancetés, nous avons été victimes avec ces pratiques.

J’ai décidé de sortir de mon silence.

Merci de partager cela avec mes sœurs.

Anonyme

 

 

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toubibadakar
Je suis toubib! Docteur si vous voulez, gynécologue obstétricien plus précisément! Je suis né à Dakar, j'y ai grandi et fait toutes mes études du CI à la Spécialisation. J'adore écrire presque autant que mon boulot. Il m’arrive souvent d’écrire de petits articles biographiques sur ma vie de médecin à Dakar, et au Sénégal surtout, lors de mes missions en brousse. Je compte bien vous dire ici: pourquoi, comment, quand , ou, ma vie avec mes patient(e)s, sans mes patients, contre mes patients et pleins d’autres choses encore.
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