Je le répète, je le re-répète, je le re-re-répète: cette fleur de la Mecque est dangereuse pour les femmes en travail! 😡😡😡

Lisez cet article !!

– Dr, la patiente a 6 contractions par 10 mn et elle n’est qu’à 6 cm de dilatation, le monitoring ne cesse de sonner,

– Que se passe t-il, on a mis en place une perf de synto ?

– Non Dr, pas du tout, elle est venue dans cet état. Elle a juste pris une décoction que sa mère lui a donnée…

– Ah non, c’est surement cette fameuse fleur… mettez en place une perf contenant 4 ampoules d’antispasmodiques à flot, il faut absolument réduire la fréquence et la puissance des contractions.

10mn après…

– Dr, la patiente est à dilatation complète mais les bruits du cœur du fœtus commencent à devenir irréguliers oscillant entre 120 et 90 battements par minute et le liquide amniotique est teinté : purée de pois.

– Ok, apportez moi la ventouse et prévenez le pédiatre….

Le bébé a été sorti par ventouse, il a fallut le réanimer énergiquement mais, Dieu merci, il tiré d’affaire. L’examen du placenta a montré un hématome rétroplacentaire minime.

– Mettez en place les mesures préventives de l’hémorragie du post-partum.

Effectivement, il ya eu une hémorragie vite maîtrisée…..

Ce scénario n’est pas totalement fictif mais correspond à une réalité que nous vivons au quotidien en salle de naissance.

Souvent, trop souvent, l’entourage de la femme en travail veut aider en donnant diverses décoctions à cette dernière dans le but d’accélérer le travail.

Il en résulte régulièrement ce genre de scénario, parfois plus dramatique, avec, à la clé, une rupture utérine avec le décès de la mère et ou de l’enfant.

Il faut tirer la sonnette d’alarme sur ces fameuses décoctions qui, certes sont données dans le but innocent d’aider la patiente mais qui, au final, créent beaucoup de complications.

EXPLICATIONS

La physiologie de la contraction utérine répond à des critères bien spécifiques dont une certaine intensité et surtout une fréquence qui, à l’acmé de la douleur, ne doit pas dépasser 3 à 4 contractions par 10 minutes.

En fait, comme le cœur, l’utérus est un muscle, il se contracte à des intervalles réguliers mais, il doit aussi se relâcher pour se reposer, « pour récupérer ». De ce fait, il se repose même plus qu’il ne travaille en réalité puisque la contraction dure 30 à 50 secondes et le relâchement 2 à 3 minutes.

Si l’utérus se contracte trop fort ou s’il ne se relâche pas suffisamment, à la longue, soit il se rompt comme un claquage chez un sportif faisant un effort trop intense sans avoir pris le soin de s’échauffer, soit il est contracturé comme lors d’une crampe musculaire.

Pour le fœtus, le travail est tout aussi éprouvant que la mère car, pendant la contraction, son approvisionnement en sang est interrompu et celui-ci ne reprend qu’à la fin de la contraction.

De manière imagée, c’est comme si on le torturait en lui enfonçant la tête sous l’eau, le privant ainsi de sa respiration pendant quelques secondes puis le laissait respirer avant de recommencer à la prochaine contraction.

Si les contractions sont donc trop rapprochées, le bébé n’a plus son temps de récupération indispensable.

N’ayant plus suffisamment d’oxygène, il relâche tous ses muscles, dont celui de l’anus et libère donc ses selles dans la cavité amniotique. Cette libération de selles colore en vert le liquide amniotique: on dit qu’il y a souffrance fœtale aigue.

Cette souffrance s’accompagne d’une perturbation du rythme cardiaque du fœtus, rythme qui s’accélère d’abord, au-delà de 160 battements par minute, puis, si l’on n’intervient pas, puis diminue en dessous de 120 battements par minute, puis devient irrégulier avant de ….. s’arrêter !

Or, de manière empirique, tous les gynécologues et sages-femmes s’accordent à dire que la quasi-totalité des potions données aux femmes pendant le travail ont pour but et souvent pour effet d’ailleurs (c’est l’effet recherché) une augmentation de l’intensité et la fréquence des contractions utérines.

Il est aisé de constater alors toutes les souffrances fœtales voire les pertes de bébé induites par ces potions.

Les mères aussi paient un lourd tribut à cette pratique traditionnelle car cette accélération des contractions entraîne des ruptures du muscle utérin et des hémorragies après l’accouchement.

La complication est encore plus inéluctable lorsque la patiente a un bassin rétréci ou un utérus cicatriciel ou que le fœtus est dans une position anormale (siège, transversale).

Pourquoi ces potions créent-elles cet effet ? On ne le sait pas très exactement !

Mais, il ya début d’explication.

La potion la plus couramment utilisée dans notre pays est faite à partir d’une plante appelée à tort « la fleur de la Mecque » et donc le nom véritable est « la rose de Jéricho » ou « fleur de Jéricho » ou encore Anastatica hierochuntica.

Il existe une autre variété appelée « plante de la résurrection » ou « fleur de rocher » et dont le nom scientifique est Selaginella lepidophylla originaire du désert à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

La rose de Jéricho fait allusion à la ville biblique de Jéricho, ville qui renaissait sans cesse de ses cendres tout comme cette plante. Malgré son aspect asséché et rabougri, lorsqu’on la plonge dans de l’eau, la rose de Jéricho s’ouvre et revit de manière spectaculaire.

Jéricho actuellement est une ville de Cisjordanie dans les territoires autonomes Palestiniens.

Dans les pays où cette plante est utilisée, les femmes boivent l’eau dans laquelle est trempée la rose de Jéricho pour faciliter l’accouchement.

A noter qu’elle est aussi utilisée dans les rites du vaudou et de la santeria en Amérique Latine pour invoquer l’amour et la fortune.

Il n’y a pas eu suffisamment d’études pour comprendre l’action de cette plante mais on pense qu’elle contiendrait une substance identique ou proche du syntocinon.

Ce syntocinon est une hormone secrétée par le corps de la femme. Elle est synthétisée et utilisée en médecine pour augmenter des contractions utérines trop faibles.

Le problème est que nous l’utilisons à raison d’une ou de 2 ampoules maximum pendant le travail or, si c’est une décoction, il est évident que dosage n’est pas du tout maîtrise d’où cette accélération excessive des contractions et son cortège de complications.

Toutes les potions traditionnelles ne sont pas issues de la rose de Jéricho certes mais, si elles ont pour effet d’accélérer le travail, leurs conséquences sont tout aussi désastreuses.

Qu’en est-il des eaux bénites faites à base d’extraits de versets du Coran, ou d’un autre livre saint, puis délavés dans de l’eau ? Elles ne sont pas censées contenir de substances pharmaco-actives comme pour les plantes ?

Eh bien je répondrai ceci : le pouvoir de la prière est indéniable, pour les croyants en tout cas !

Donc, toutes les prières sont les bienvenues pour traverser l’épreuve de l’accouchement. Je suis donc d’accord pour toute eau bénite à enduire sur le corps, à prendre en bain rituel et même à porter comme gris-gris si le cœur, ou la foi, vous en dit.

Cependant, je déconseille fortement de boire toute potion, ne pouvant faire la différence entre une eau bénite ou une décoction de rose de Jéricho ou de je-ne-sais quelle plante qui pourrait compliquer l’accouchement.

Ce que vous ignorez peut-être mesdames, c’est que nous-autres personnel de santé, aussi, avant de rentrer en salle d’accouchement ou au bloc opératoire, nous prions pour vous, votre salut et pour le salut de votre bébé car, de votre salut, dépend le notre !

Alors, comme j’ai l’habitude de le conseiller à mes patientes à la dernière consultation prénatale : « Madame, takal, saangoul, diwoul loula nekh ! wayé, boul naaan dara !!! Traduction:  » Madame, prenez autant de bain rituel que vous voudrez , mettez autant de gris-gris que vous voudrez, enduisez-vous d’autant de potion magique que vous voudrez, mais, ne buvez absolument RIEN !!!!! »

A bon entendeur ….

Dr Abdoulaye Diop

😡😡😡😡😡

Toubibadakar

Crédit photo pixabay.com

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toubibadakar
Je suis toubib! Docteur si vous voulez, gynécologue obstétricien plus précisément! Je suis né à Dakar, j'y ai grandi et fait toutes mes études du CI à la Spécialisation. J'adore écrire presque autant que mon boulot. Il m’arrive souvent d’écrire de petits articles biographiques sur ma vie de médecin à Dakar, et au Sénégal surtout, lors de mes missions en brousse. Je compte bien vous dire ici: pourquoi, comment, quand , ou, ma vie avec mes patient(e)s, sans mes patients, contre mes patients et pleins d’autres choses encore.
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