Contraception ou pas contraception (2 eme partie)

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Précédemment, nous avons vu le bien-fondé de la contraception sur le plan personnel, médical et l’enjeu national qu’elle comporte. Avant de décrire dans le détail les différents types de contraception qui existent avec chacun ses avantages et ses inconvénients, intéressons-nous d’abord aux personnes concernées par la contraception.

Pour qui ?
La contraception est avant tout une histoire de couple ! Que ce couple soit légitime, illégitime, occasionnel, d’un soir, de circonstance, peu importe ! N’en déplaise aux bien-pensants. Pour éviter de jeter un regard critique sur ce mode d’emploi de la contraception, nous aborderons les différentes catégories de personnes concernées par la contraception selon une classification que nous voulons pratique.
– Une femme qui n’a jamais eu d’enfant : une nulligeste (dans notre jargon médical) peut-elle faire une contraception ?

La logique voudrait qu’avant de bloquer un appareil, que l’on s’assure de son fonctionnement correct. Si vous achetez un bel appareil électroménager, très cher, dernier cri et que vous le rangiez au fond de votre débarras, 2 ans après, si vous l’allumez et constatez qu’il ne fonctionne pas correctement à qui la faute ?
Est-ce un problème de fabrication ou l’usure du temps de rangement ?

Eh bien, la comparaison peut paraître un peu grossière, mais c’est un peu la même chose pour une femme qui n’a jamais eu d’enfant et qui opte pour CERTAINS types de contraceptifs. Avant de bloquer un appareil (reproducteur), on s’assure, si possible, de son bon fonctionnement d’abord. Si après une contraception on a des difficultés à avoir un bébé, à coup sûr, on mettra cela sur le compte de la contraception alors qu’on avait peut-être déjà des problèmes de fertilité !

On peut comprendre que, pour des raisons personnelles, professionnelles ou économiques, le couple ne soit pas prêt à accueillir un bébé. La solution dans ce cas est :
o Soit d’opter pour une contraception qui n’impacte pas sur le fonctionnent de l’appareil reproducteur : les méthodes dites barrières.
o Soit on fait d’abord un bilan de fertilité pour les DEUX conjoints. Si le bilan montre des anomalies, ce sera justement l’occasion de les prendre en charge et d’éviter ainsi de faire un faux procès à dame contraception.

– Une femme qui a déjà un enfant ou plusieurs : c’est elle la principale cible de la contraception. Ce sera le meilleur moyen d’espacer les naissances. On dit bien espacement des naissances, pas de limitation ! Maintenant, c’est à chaque couple de voir le nombre d’enfants qu’il veut ou peut avoir et de savoir s’arrêter le moment opportun.

– Une femme qui a bénéficié d’une césarienne : pour elle, non seulement la contraception est nécessaire, mais elle est obligatoire et doit durer un minimum de 2 ans si elle veut avoir une chance d’accoucher normalement par voie basse. Ces 2 ans sont nécessaires pour une bonne cicatrisation de l’utérus. S’ils ne sont pas respectés, il y a risque déchirure de la cicatrice pendant la grossesse et surtout pendant le travail.

– Une femme qui a bénéficié d’une chirurgie gynécologique telle qu’une ablation de kyste de l’ovaire ou de fibrome (encore appelé myome) : les mêmes recommandations que celles qui a été césarisée lui sont applicables à la différence que là, l’attente sera de 6 mois pour le kyste et entre 6 mois et 2 ans pour le fibrome selon sa localisation.

Myomes utérins
Myomes utérins

– Une femme en pré ménopause : le risque de grossesse est faible, mais elle serait source de difficultés ou de complications. Une contraception occasionnelle ou barrière est souvent proposée.

– Une femme qui traite un cancer gynécologique doit obligatoirement être sous contraception non hormonale, car le cancer du sein par exemple, se développe plus rapidement à cause des hormones féminines. On dit que c’est un cancer hormono-dépendant. De plus, la grossesse multiplierait par 4 à 6 la vitesse de croissance du cancer. A l’opposé, certains contraceptifs diminuent le risque de survenu du cancer de l’ovaire.

– Une femme qui prend certains traitements potentiellement pourvoyeurs de malformations chez le fœtus (médicaments tératogènes) comme les anticancéreux, les médicaments contre l‘acné, les médicaments contre l’épilepsie entre autres doit prendre aussi une contraception pour justement éviter ces malformations, lesquelles peuvent survenir jusqu’à 6 mois après l’arrêt du traitement concerné !! De manière générale, votre gynéco doit être mis au courant de tout traitement que vous prenez et tout médecin qui vous propose un traitement devra aussi vous dire s’il y a un risque de malformation en cas de grossesse, le cas échéant, proposer une contraception.

– Une femme qui vient de faire un avortement doit faire une contraception pendant 3 mois, car si elle retombe enceinte dans les 3 mois, l’avortement se répète quasi systématiquement. De plus, si c’est un avortement provoqué cela voudrait dire a priori que c’était une grossesse indésirée donc une contraception aurait permis d’éviter cet « incident ». De manière logique, si on ne veut pas courir le risque de tomber enceinte, on se protège et pas seulement contre les infections génitales.

Il ne faudrait pas perdre à l’esprit que la contraception est certes techniquement faite par la femme, sauf pour le préservatif (oui c’est un contraceptif avant tout) mais l’homme, le mari, le partenaire, le conjoint doit être mis à contribution pour une meilleure efficacité, car c’est une affaire de couple.

En quoi faisant ? En accompagnant sa femme lors de la consultation de contraception, en lui rappelant la prise de sa pilule ou en acceptant parfois de faire la contraception lui-même (préservatifs) si les autres méthodes de contraception proposées sont dangereuses ou inadaptées pour son épouse.

Dans la dernière partie, nous verrons, enfin, dans le détail, les différents types de contraceptifs existants, et, pour chaque, quels sont les avantages, les inconvénients, les effets secondaires.
Nous aborderons aussi la question des rumeurs concernant cette contraception et on terminera par déterminer quelle est la meilleure contraception qui existe !!

Contraception ou pas contraception : telle est la question

imagesAcceptée des uns, décriée des autres, encouragée par certains, « haram » pour d’autres, la contraception cristallise les passions pour tous les âges, tous les sexes et quel que soit le niveau social ou intellectuel !
Sans vouloir avoir la prétention d’attribuer le César de la meilleure méthode contraceptive (même si elle existe et on terminera par elle), voici un petit lexique de débrouillage qui vous aidera à comprendre. Nous essayerons ainsi de répondre au quoi, au pourquoi, au pour qui et surtout au comment de la contraception.

QUOI ?
Qu’est-ce que la contraception ? La contraception se définit comme l’ensemble des méthodes, naturelles ou médicamentes, modernes ou traditionnelles, qui permettent, de manière TEMPORAIRE et RÉVERSIBLE d’empêcher la survenue d’une grossesse.

Il est important de s’attarder sur ces 2 termes mis en majuscule :
– TEMPORAIRE : la contraception ne doit durer qu’un certain temps, temps à définir à l’avance et qui permet, on le verra, de classer certains contraceptifs comme des méthodes de longue durée. On y reviendra dans le détail plus loin.

– RÉVERSIBLE. C’est le caractère le plus suspecté de la contraception c.à.d. en arrêtant la contraception, la fécondité revient-elle ? Si oui quand ? Sinon, pourquoi ? si, à l’arrêt de la contraception, on n’arrive pas à avoir un bébé, cette contraception sera-t-elle tenue pour responsable ? Je réponds d’emblée et justifierai mes propos plus tard : NON, la contraception n’est pas responsable même si elle peut y jouer un rôle.
Cependant, 2 méthodes contraceptives ne présentent pas ces 2 caractéristiques. Il s’agit de la ligature des trompes chez la femme (même s’il est toujours possible mais EXTRÊMEMENT difficile, d’intervenir après sur des trompes qui avaient été déjà ligaturées et sectionnées) et de son équivalent chez l’homme : la vasectomie.
Donc, mis à part ces 2 méthodes, toutes les autres doivent répondre obligatoirement à ces critères avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché !

POURQUOI ?
Pour plusieurs raisons qui touchent tous les fondements de la société :
– Sur le plan PERSONNEL d’abord, la contraception permet de contrôler sa fécondité, de planifier et de préparer ses grossesses pour bien les mener à terme. Toutes les femmes le savent, les mamans encore plus pour l’avoir vécu dans leur chair : la grossesse c’est difficile, c’est douloureux, c’est risqué, c’est dangereux, même si, quelque part, c’est un bonheur indispensable pour la plupart des femmes!
Certes une recommandation divine nous demande de nous multiplier et de peupler la terre mais encore faudrait-il y mettre la forme et privilégier LA QUALITÉ DANS LA QUANTITÉ plutôt que la quantité toute seule. Plutôt donc que de se reproduire comme certaines espèces animales (les chats ou les criquets), cette contraception aide à maîtriser le rythme de survenue des grossesses et surtout d’éviter de trop les rapprocher quand on connait le cortège de complications qu’engendre le « NEF » : retomber enceinte rapidement après un accouchement.

– Sur le plan MÉDICAL : la quasi-totalité du corps médical responsable, recommande la contraception, à certaines périodes de la vie.
Une grossesse, pour rappel, c’est :

o 41 à 42 semaines en moyenne, soit 9 mois,ce qui représente aussi 272 jours, ou 6.528 heures, ou 391.680 minutes, (je vous laisse calculer les secondes !)
o 6 – 12 kilos de plus à prendre en moyenne,
o des symptômes non chiffrables, non estimables, non quantifiables que sont les douleurs, les vomissements, les insomnies…. Qui pourrait rembourser à sa maman des souffrances qu’elle a endurées durant ses 9 mois de grossesse, sans compter la difficile période de la petite enfance ? Il y en a qui pousse même le bouchon jusqu’à continuer à embêter leurs parents jusqu’à l’âge adulte!
o un coût : de 50.000 à 2.000.000 ou plus pour les frais médicaux,
o des saignements : 250 millilitres  en moyenne soit ¼ de litre de sang perdu pendant l’accouchement surtout, souvent plus. Lorsque la maman en perd 500 ou plus, il s’agit d’une hémorragie, 1ère cause de mortalité maternelle au monde.

Médicalement, chaque grossesse vieillit le corps de la femme d’environ 5 ans et il faut environ 2 ans pour que la femme retrouve son niveau biologique antérieur après une grossesse.
Comparons une grossesse à un voyage en voiture pour aller à Fongolimbi (le village le plus reculé du Sénégal en partant de Dakar et qui se situe à la frontière sud-est avec le Mali).
Après avoir fait ce périple de plus 700 km en 8 à 15 h selon la vitesse et l’endurance de la voiture sans compter l’aspect désastreux des routes et la conduite irresponsable de nombreux chauffards, seriez-vous prêt à reprendre le chemin inverse sur le champ ? Sans prendre le temps vous reposer, de vérifier les niveaux des différents liquides du véhicule ? Voire de faire une petite maintenance de la voiture ? Si vous le faites, il est fort à parier qu’avant d’arriver à Kaolack, vous aurez des ennuis mécaniques ou terminerez votre voyage soit dans une ambulance soit dans un corbillard. Eh bien pour la grossesse, c’est pareil ! Dans toute grossesse contractée par « NEF », vous aurez obligatoirement une complication, aussi minime soit-elle : anémie, avortement, hypertension artérielle, diabète, retard de croissance, dépression et même décès.

Statistiquement, sur les 5 femmes qui décèdent au Sénégal chaque jour en accouchant, 2 au moins ont pris une grossesse qu’elles n’auraient pas dû prendre. Cela me permet de passer aux raisons nationales du pourquoi de la contraception…
– Sur le plan NATIONAL… revenons un peu en arrière, j’espère que vous avez été choqué de lire que 5 mamans meurent chaque jour en accouchant, en donnant la vie ! CINQ ! cela équivaut à 1825 mamans par an !!! C’est quasiment le nombre de personnes disparues dans le naufrage du bateau le Joola !! Sachez donc qu’il y a un Joola rempli de MAMANS qui sombre silencieusement chaque année au Sénégal !!!!!!

En santé publique on estime ce chiffre à 392 mères qui décèdent pour 100.000 naissances vivantes malgré les efforts faits pour atteindre les OMD (objectifs du millénaire pour le développement), OMD que nous avons loupés évidemment.
Or la contraception permet justement de réduire ce chiffre du tiers, car comme on l’a dit précédemment, sur les 5 décès maternels journaliers, 2 des mamans n’étaient pas médicalement prêtes pour une grossesse et donc une contraception leur aurait peut-être sauvé la vie. Certes, en tant que croyants, nous acceptons (et Lui rendons grâce) que personne ne puisse vivre au-delà du temps que le Tout-Puissant Maître de l’univers lui à accordé, mais, Dieu nous a donné la science nécessaire pour nous soigner et prolonger notre existence dans la qualité.
La contraception appartient à un trio d’offre de santé appelé la planification familiale et dont les 2 autres sont : la prise en charge de l’infertilité du couple et la lutte contre les infections génitales responsables d’infertilité. Cette même planification familiale appartient à la politique de la santé de la reproduction avec 8 autres offres de services.

– Sur le plan MORAL : les grossesses non désirées sont à l’origine de nombreux cas d’avortements clandestins, car l’avortement est illégal dans notre pays sauf lorsque la poursuite de la grossesse risque de tuer la mère. La procédure légale pour faire cette interruption médicale de grossesse est tellement longue que la femme enceinte a le temps parfois de mourir avant que la procédure n’aboutisse. De ce fait, les avortements clandestins sont très nombreux et aboutissent à des complications allant de l’infection à la mort de la patiente lors des manœuvres abortives sans compter les séquelles graves telles que la stérilité. Ces grossesses non désirées se terminent aussi souvent dans la rubrique des faits divers des journaux à cause des infanticides qu’elles poussent à commettre. Combien de femmes croupissent dans nos prisons pour cause d’infanticides alors que le monsieur à l’origine de la grossesse n’est jamais inquiété lui ? Or qui dit avortement clandestin ou infanticide dit grossesse indésirée et donc dit besoin de contraception non satisfait, par ignorance ou par difficulté d’accès à cette contraception. Toujours statistiquement, la contraception réduit du tiers le nombre de grossesse indésirée et donc de cas d’avortement clandestin ou d’infanticides.

Fort de tous ces éléments, nous ne pouvons qu’accepter que la contraception soit absolument justifiée ou tout au moins, sur le plan personnel, humain, médical et national, qu’elle soit nécessaire. Reste donc à débattre sur qu’elle contraception pour quelle femme ou pour quel couple !
Nous y reviendrons dans la 2ème partie de notre mode d’emploi.

Extraordinaire : un déni de grossesse jusqu’à … l’accouchement !!!!

Il y a quelques années, lors de ma spécialisation, j’étais de garde à la maternité de l’hôpital de Pikine quand, vers 1h du matin, le médecin de garde des urgences m’a fait appeler pour un avis médical.

Arrivé aux urgences, j’y ai trouvé une forte dame qui présentait des douleurs abdominales vives avec, selon l’examen de l’urgentiste, une tumeur abdominale géante. La dame elle-même était assez forte et l’échographie qui était en train d’être faite à mon arrivée, montrait justement un masse qui semblait vascularisée et avec des battements en son sein ainsi que des calcifications osseuses !?!?

J’ai donc commencé à interroger la patiente en lui demandant la date de ses dernières règles et elle répondit qu’elle ne les avait pas vu depuis son accouchement il ya 12 mois et que c’était à cause de l’allaitement maternelle qu’elle faisait.

L’examen physique était difficile à cause de l’obésité de la patiente mais on pouvait deviner une masse ovoïde occupant tout l’abdomen.
Au toucher vaginal, surpris, j’ai découvert…. une tête !!!!!

Je me suis alors écrié :
– MAIS MADAME VOUS ETES ENCEINTE ! ? !
– Enceinte ? NON, je vous ai dit que j’allaitais et que quand j’allaite je ne vois pas mes règles donc je ne peux pas être enceinte me répondit-elle.
– Ah je suis désolé Mme mais vous vous êtes en train d’accoucher là ! » poursuivais-je.

Le médecin de garde des urgences commenta : enceinte ?! accoucher ? attendez c’est quoi ces histoires ???

– hey oui cher ami ! lui dis-je, ta tumeur battante à l’échographie est en faite le cœur du fœtus, les calcifications aux alentours c’est la cage thoracique et tu ne vois pas la tête car elle est en train de sortir.
– mais ce n’est pas possible Dr, j’allaite….. poursuivait toujours la dame.
– Oui d’accord Mme, mais, poussez, poussez, ……voiiiila…

La dame venait de donner naissance à un beau gros bébé de 3450g bien portant (APGAR 9/10 pour mes amis pédiatres).

– Félicitations Mme, vous avez un garçon, me suis même permit de plaisanter à la patiente qui n’en croyait toujours pas ses oreilles et ses….yeux.

Les parents de la dame qui patientaient en salle d’attente étaient encore plus médusés lorsque la sage-femme est venue leur annoncer que leur parente venait accoucher. Evidemment, aucune disposition n’avait été prise pour le bébé surprise, ni habits, ni couches, ni rien !!!

Cette situation, qui se trouve en fait être un cas extrême de déni de grossesse, est évidemment assez rare, surtout si le déni est poussé jusqu’à l’accouchement.

Comment cela est-il possible ? Que s’est-il réellement passé ? Comment expliquer ce cas hallucinant de déni de grossesse ?

Médicalement, le déni de grossesse se définit par le fait d’être enceinte sans être consciente de l’être mais n’est encore accepté dans le tableau de classification des troubles mentaux.

Le déni est un terme utilisé en psychanalyse pour définir un mode de défense particulier dans lequel, sujet refuse de reconnaître la réalité d’une situation traumatisante. Il serait donc un mécanisme de défense du psychisme de la femme enceinte mais qui ne voudrait pas du tout être enceinte. Dans certains cas extrême, la femme continue même à voir ses règles durant cette grossesse !!!!

Chez cette patiente en l’occurrence, elle était à sa 8ème grossesse et après la grossesse précédente, elle ne voulait (inconsciemment) plus avoir d’enfant. Cette grossesse serait donc est insupportable, inadmissible.

Les rumeurs entourant la contraception et disant que l’on ne peut pas tomber enceinte quand on allaite, (précision : l’allaitement maternel est un moyen de contraception naturel à condition que ce soit un allaitement exclusivement au sein et il n’est valable que 6 mois, au delà, le cycle menstruel reprend ses droit et une grossesse est possible) ont aussi contribué à ancrer son déni.

Il existe 2 types de déni de grossesse :
– Le déni partiel où la grossesse n’est constatée par la femme que lorsqu’elle est avancée et évidente, généralement c’est l’entourage ou le médecin qui le révèle à la femme et, en quelques jours, les signes habituels de la grossesse apparaissent,

– Le déni total, comme notre cas de figure où la grossesse n’est constatée qu’au jour de l’accouchement
Le déni de grossesse peut toucher toutes les femmes en âge de procréer, même celles qui ont déjà eu des enfants, sans distinction de la classe socio-économique ou culturelle.

Le déni de grossesse est différent de la grossesse cachée où la femme a conscience de sa grossesse mais, pour des raisons qui lui sont propres, elle cherche à la dissimuler à son entourage.

A l’opposé du déni de grossesse on peut évoquer la grossesse nerveuse, situation dans laquelle, la femme désire tellement un enfant que son corps en exprime tous les symptômes alors qu’elle n’est pas enceinte.

Le problème majeur du déni est qu’il n’est pas médicalement reconnu comme une pathologie et Les études sur le sujet sont assez rares. De ce fait, le déni de grossesse est plus souvent traité dans la rubrique des faits divers que dans celle sur la santé.
Je n’ai plus eu de nouvelles de cette patiente depuis lors mais, j’espère que son enfant à bien grandi depuis et qu’elle lui a donné toute l’affection qu’une mère peut porter à son enfant.

🙂
toubibadakar.mondoblog.org

vu sur http://blog.123fitness.fr/sante/quest-ce-que-le-deni-de-grossesse/
vu sur http://blog.123fitness.fr/sante/quest-ce-que-le-deni-de-grossesse/

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Retrouver la fermeté du vagin : mythe ou réalité?

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Il est de plus en plus fréquent de trouver sur internet et sur les réseaux sociaux, des offres de produits qui promettent de faire retrouver au vagin sa fermeté d’antan ou même de retrouver sa virginité!
Quand est-il vraiment?

Il est important de tirer la sonnette d’alarme sur ce sujet oh combien important pour la satisfaction sexuelle et l’harmonie conjugale.

Sur le plan médical, la quasi-totalité des produits proposés sont fortement déconseillés (sauf les gadgets sur lesquels on reviendra plus bas) car, il s’agit presque toujours de substances :

– soit n’ayant aucun effet tonifiant réel,

– soit ayant un effet purement placebo passager (ça marche parce qu’on y croit)

– soit ayant un effet corrosif et donc, certes donnant une sensation de rétrécissement du vagin, mais aussi le détruisant progressivement,

– mais surtout la quasi totalité de ces produits détruisent et déséquilibrent la flore vaginale et sont responsables :

• au mieux d’infections vaginales telles que des mycoses (pertes vaginales qui grattent et dues a des champignons : Candida)
• au pire de lésions favorisant ou accélérant l’apparition de cancers du vagin, de la vulve ou du col de l’utérus !!!!

Ces produits ne sont donc, dans la quasi-totalité des cas, que des chimères dangereuses INEFFICACES et DANGEREUX!

Cependant, toujours sur le plan purement médical, il existe bel et bien des moyens sûrs de retrouver la tonicité de son vagin de 20 ans ou même sa virginité perdue!

Le préalable à ces méthodes médicales est de s’assurer de l’absence d’une infection génitale car, toute infection ou déséquilibre de la flore vaginale peut entraîner des problèmes de lubrification et donc des douleurs ou l’absence de plaisir sexuel (et une stérilité à long terme).

Pour retrouver la virginité, c’est simple: il existe une technique de chirurgie appelée HYMENOPLASTIE qui consiste en la reconstruction de l’hymen, sous anesthésie locale, en quelques minutes. Dans les cas extrêmes, cette reconstruction peut se faire sous anesthésie locorégionale ou même générale et nécessiter un ou 2 jours d’hospitalisation.

Cette hyménoplastie, il faut le préciser, n’est pas ILLEGALE mais reste assurément IMMORALE si elle est faite dans le but de leurrer son partenaire et de lui faire croire à une virginité longtemps perdue!

Pour retrouver la tonicité du vagin, différentes méthodes sont proposées:

1. La REEDUCATION PERINEALE ou kinésithérapie périnéale:

Le vagin est un MUSCLE donc, comme pour tous les autres muscles pour le raffermir, il faut le faire TRAVAILLER, lui faire faire du SPORT!
Ce sport, c’est la rééducation périnéale!
Il s’agit d’exercices précis à faire, sous la supervision d’un kinésithérapeute ou d’une sage-femme qui vous apprend à muscler le vagin et les autres muscles du fameux périnée.
Pour cela, des exercices de concentration et de relâchement sont proposés à l’aide d’un appareil, une sonde, qui apprécie la fermeté progressive retrouvée du vagin et du périnée. Il faut entre 10 à 20 séances, avec des exercices à réaliser a la maison pour retrouver ses sensations pour une patiente qui vient d’accoucher par exemple!
Ces séances de rééducation périnéale (et abdominale) sont proposées à Dakar par certains kinésithérapeutes et certaines structures médicales dont la clinique NEST .

2: Certains objets ou gadgets sexuels
Ces gadgets, tels que les boules de geisha ou le vibrommasseur sont conçus pour pimenter votre vie sexuelle. Ils aident aussi à améliorer la lubrification et la tonicité vaginale grâce à un effet de musculation et/ou vibrant du vagin, ce qui permet d’allier l’utile à l’agréable.
Mais, il faudra se référer au manuel d’emploi et respecter les règles élémentaires d’hygiène intime.

3: la reprise de périnée
Il s’agit d’une intervention chirurgicale consistant à réduire le diamètre du 1er tiers du vagin et est réservé aux cas de relâchement important du vagin, cas retrouvés chez les patientes ayant accouché plusieurs fois ou ayant eu des épisiotomies ou des déchirures vaginales mal réparées!
Cette intervention, réalisée sous anesthésie, nécessite aussi 24 à 48h d’hospitalisation et est aussi effectuée dans les structures publiques et privées.

Pour conclure, si vous désirez vraiment raffermir votre vagin, adressez vous à votre gynécologue, votre sage-femme ou votre kinési qui vous proposerons des méthodes médicales sûres et fiables.
Mesdames, éviter de tomber dans le pièges des vendeurs de faux espoirs qui vont, quelque soit leur bonne (mauvaise) foi, vous arnaquer et vous faire prendre le risque de graves complications médicales!
🙂
Peace and love and…gynécologie !

toubibadakar

Chronique d’une mort (in) évitable

« Omnes vulnerant, ultima necat » : Toutes blessent, la dernière tue…

Dans notre profession de médecin, nous sommes régulièrement confrontés à la mort d’un patient. Il s’agit, à chaque fois, d’une expérience sensible, pénible et à laquelle on ne s’habitue jamais.
Parmi mes rencontres les plus douloureuses avec la grande faucheuse se trouve le décès d’un patient qui m’a meurtri à jamais dans ma chair. Il s’agissait de mon oncle maternel.

Il avait été opéré du cœur, un pontage coronarien : une intervention qui consiste à perméabiliser à nouveau un ou plusieurs vaisseaux sanguins du cœur, qui avaient été bouchés par une plaque d’athérome (du cholestérol). Deux de ses vaisseaux avaient été diagnostiqués obstrués depuis quelques années. La perspective d’une mort subite l’avait finalement poussé à accepter de subir cet acte chirurgical.

L’intervention s’est déroulée dans le service de chirurgie cardio-vasculaire d’un hôpital de Dakar. Quelques jours plus tard, je suis passé le voir à l’hôpital mais je l’ai trouvé très pâle ! Je reconnais qu’à ce moment, une petite alerte s’est déclenchée en moi.

J’ai essayé de rassurer ma mère qui s’était aussi rendu compte de cette anémie manifeste. Le soir même, j’ai appelé une amie cardiologue qui travaillait dans le même service pour lui parler de cette anémie. A ma femme, j’ai secrètement confié que, selon mon expérience, mon oncle n’allait pas se relever de son intervention. Je ne croyais pas si bien dire.

Deux jours après, vers 20 heures, en rentrant du boulot, ma mère m’a appelé pour me faire part à nouveau de son inquiétude, car elle était retournéé le voir et l’avait trouvé encore plus pâle et il s’essoufflait au moindre effort. Je me suis donc rendu à son chevet avec un mauvais pressentiment.

Arrivé sur place une heure plus tard, je l’ai trouvé vraiment très mal en point, pâle comme un linge ! Il venait de terminer son dîner et quelques minutes après, il vomissait tout ce qu’il venait de manger dans une grande mare de sang !

J’ai appelé l’infirmier de garde qui était très motivé et très disponible. Nous l’avons donc nettoyé et avons changé ses habits. Sa tension artérielle était très basse, à 8/5, avec un pouls très rapide : 128 battements par minute. Ces chiffres étaient témoins d’un déséquilibre hémodynamique important et, devant ce vomissement de sang, j’ai conclu qu’il s’agissait probablement d’une hémorragie interne. Il fallait absolument faire quelque chose, sinon le pire allait arriver.
J’ai donc fait appeler le médecin de garde, mais il était au bloc chirurgical en pleine opération ! J’ai demandé à ce qu’on lui donne de l’oxygène pour mieux respirer, en attendant, mais il n’y en avait pas dans le secteur d’hospitalisation et ce malgré la tuyauterie installée à cet effet.

J’ai enfin demandé à ce qu’on le transfère au rez-de-chaussée où il pourrait être oxygéné, mais le brancardier, le seul brancardier de garde, n’était pas disponible non plus, occupé à l’autre bout de l’hôpital à brancarder un autre patient.

Avec l’aide de l’infirmier, nous avons tenté de le déplacer nous-mêmes, mais il était incapable de faire le moindre pas tellement il était faible et essoufflé. Le mettre en position debout était tout aussi dangereux et pouvait désamorcer son cœur.

J’ai quand même demandé à ce que le médecin de garde soit prévenu, l’infirmier est venu placer une perfusion de macromolécules qui a permis de faire remonter la tension artérielle à 10/8 et redescendre le pouls à 110. Un des deux médecins de garde est donc sorti du bloc opératoire pour l’examiner et a conclu à un probable ulcère hémorragique. Une ordonnance d’anti-ulcéreux lui avait déjà été prescrite quelques jours auparavant.

Ce diagnostic ne m’avait pas convaincu, mais dans tous les cas, il y avait un saignement interne et la seule solution était de rouvrir pour aller arrêter ce saignement. Le bloc opératoire étant occupé, il fallait tout juste attendre le retour du brancardier et attendre que le bloc se libère.

A un moment, j’ai voulu sortir pour aller trouver une hypothétique solution mais mon oncle m’a tranquillement demandé de rester auprès de lui.

A cet instant, j’ai compris, et lui aussi sans doute, que la partie était finie pour lui et que ce n’était plus qu’une question d’heures. Avoir une hémorragie interne, être dans un lit d’hôpital sans oxygène, sans possibilité d’être déplacé et sans chirurgien disponible, il est impossible d’y survivre.

L’infirmier a repris sa tension. Elle avait encore chuté à 7/4, le pouls était filant, sa respiration devenait de plus en plus rapide et superficielle. Mais le plus inquiétant était sa main : elle était devenue froide, glaciale !
Nous sommes donc restés là, tous les deux, à nous regarder, moi formulant intérieurement des versets du Coran pour son salut, lui psalmodiant sûrement aussi et imperceptiblement des versets. Tous les deux convaincus que sa dernière heure était arrivée !

La chambre était froide, étrange, l’atmosphère lourde. Manifestement, l’ange de la mort était arrivé.
Au début, dans les yeux de mon oncle, on pouvait y lire une certaine panique, mais, peu à peu, on n’y lisait plus que du calme, de la sérénité : il était prêt à partir.

A 22 heures , sa respiration a commencé à ralentir pour se transformer peu à peu en de brèves et inefficaces inspirations. Elle s’est terminée par une longue et dernière inspiration finale… à 22 h 30. C’était fini !
mort
Le médecin de garde est sorti du bloc opératoire 10 minutes après, pour constater le décès.
Le brancardier de garde est aussi venu un peu plus tard pour transporter le corps à la morgue de l’hôpital.
Le souvenir douloureux de la mort de mon oncle, lui, restera à jamais gravé dans ma mémoire.

« Omnes vulnerant, ultima necat »: Toutes [les heures] blessent, la dernière [heure] tue…

Chat

Mon cadeau de nouvel an !!!

Conversation avec mes enfants ce matin:
– moi: Jules c’est qui ton super-héros préféré?
– Jules: moi j’en ai plusieurs: Spider-man, Michael Jackson, Superman…
-moi: et toi Dado, c’est qui ton super-héros préféré?
– Dado: c’est toi Papa !!!!
😉

Le grillon du voisin et moi

Nb : grillons et écologistes, s’abstenir

Moi, ayant travaillé toute la journée, me retrouvais avec une horrible migraine
Que je cherchais en vain à calmer avec un cachet d’ibuprofène
La nuit tombée, impossible de fermer l’œil sans compter un assourdissant et strident
Cri d’un grillon grillonque le silence de la nuit amplifiait dans mon crâne au bord de
L’explosion, de l’éclatement, de la crise de nerfs !!!
Je me levais donc de mon lit pour pister cet insupportable tapageur nocturne,
Avec, comme tapette, une vieille babouche délaissée et une bombe insecticide.
Patiemment, le fil d’Ariane sonore me conduisit à l’arrière-cour de mon voisin où,
A la lumière du réverbère, je repérais, tapis sournoisement dans le coin,
Le grillon du voisin avec sa sérénade affreuse,
– Grillon, j’ai travaillé toute la journée, j’ai une horrible migraine, j’ai envie de dormir ! N’as-tu pas trouvé un moyen plus silencieux et plus diplomatique de chanter pour ta femelle « grillone » (ça existe ? le terme, pas la femelle !) ?
Devant le silence (coupable) du bruyant insecte de mon voisin et devant l’impossibilité de l’atteindre avec ma tapette de babouche, une pulvérisation d’une bonne dose d’insecticide l’assomma et me permit de rétablir le silence inestimable
Eh bien je peux dormir maintenant.

Histoire réelle. (libre et peu fidèle adaptation de la cigale et la fourmi)

Nb : grillon et écologistes, s’abstenir

 

A la recherche des selles, 2ème partie

Et enfin, il termina en disant qu’il était indécent de demander, à quelqu’un qui à l’âge de son grand-père, des selles!
🙁

J’abdiquais.
Nous avons donc quitté le village après avoir pris congé de ses habitants et nous nous sommes de nouveau enfoncé dans cette… jungle.

Dans la voiture, nous avons discuté de notre échec et nous étions conscients que la réaction du vieux était assez logique et que ce serait vraiment très difficile de trouver un patient âgé qui, pendant toute sa vie n’avait pas collaboré avec la médecine moderne (soit parce qu’il n’en était pas convaincu ou parce qu’il n’en a pas eu l’opportunité) et qui accepterait de donner ses SELLES à la Science.

Il nous fallait une autre stratégie.
En attendant, je me concentrais sur mon labyrinthe forestier : gauche. Non droite…
Ma hantise était de tomber sur une souche dont les hautes herbes rendaient le repérage difficile. Nous étions tel le Titanic tentant d’éviter les icebergs.

Et ce qui devait arriver … arriva. Tandis que m’évertuais à repérer ces maudites souches à bâbord (en pensait tout de même toujours à ces selles), mon copilote (Anne-Marie)s’écria : « Attention, la souche … »
Trop tard, PAN !!!!
Je venais de heurter violemment, par le pneu avant droit, une souche que les hautes herbes dissimulaient sournoisement. Heureusement il y eut plus de peur que de mal, aucun dégât matériel ou mécanique. Enfin si, le seau de lait caillé s’était complètement renversé: une catastrophe pour moi qui raffole de «soow».

C’était quand même, pour les superstitieux, un bon présage : on dit que quand on renverse accidentellement du lait lors d’un voyage, on a échappé à un grand malheur (accidentellement j’ai dit). Nous nous sommes consolés avec l’idée que cela aurait pu être pire si une pièce du véhicule avait été atteinte, ce qui nous aurait immobilisé au milieu de nulle part.

Le voyage repris donc plus calmement et plus prudemment. Par chance, la forêt devint moins dense et même, une piste latéritique apparut.Wassadou
Le reste du trajet c’est déroulé sans incident majeur et nous sommes arrivés à Kagnoubé à 17h30. Un coup d’œil sur le compteur kilométrique montrait que l’on ne venait de parcourir « que » 55 km depuis le départ de la Maison Médicale en plus de 5h30 de route si l’on tient compte des 2h de consultations à Bambadinka et de l’arrêt à Simbani Peulh (voir la carte).

Kagnoubé est un village d’une vingtaine de cases que l’on découvre dans une sorte de clairière perdue au milieu de la forêt touffue que l’on venait de traverser. Comme à l’accoutumée, nous sommes allés saluer le chef du village et les notables.

Au début, le chef pensait que nous nous étions perdus dans la forêt. Ainsi, avec la plus grande simplicité et précision possibles, nous lui détaillâmes les raisons de notre présence. Ce dernier, très chaleureux, s’est réjouit de notre présence dans son village et nous a assuré de toute sa collaboration.

Il nous précisa qu’il y avait effectivement des gens dans le village qui n’avait jamais encore pris de médicaments « modernes ». Il ajouta qu’il serait plus facile de trouver cela chez les enfants (certains n’avaient jamais quitté le village, ni même vu des étrangers).
Il fit héler le crieur public qui ameuta les quelques 60 à 70 âmes que semblait compter le village et une petite assemblée générale s’improvisa.

Le chef de village, dans la langue locale, exposa à la population les raisons de notre présence et demanda à ceux qui n’avaient pas encore pris d’antibiotiques ou mieux, de médicaments, de se manifester. Apres quelques moments de conciliabules, certaines mères expliquèrent qu’elles avaient rarement donné des médicaments a leurs enfants mais qu’elles ne savaient pas si c’était des « bactrim » ou pas. Nous leur avons demandé ainsi de ramener
les boites des médicaments si possible, même vides. On nous amena tout un tas de boites vides et de plaquettes de gélules où, pour la plupart, il ne restait qu’une ou 2 gélules.

Dans ce lot, un se révéla être de l’Amoxicilline et l’enfant qui avait pris ce médicament fut exclus du lot (au grand dam de sa mère). Ensuite, on expliqua aux enfants sélectionnés que l’on avait besoin d’un peu de leurs selles ce qui déclenchât un fou rire général. Certains enfants s’offusquèrent et refusèrent.

A ce moment, Anne-Marie eut une brillante idée : elle sortit, de je ne sais où, un sachet de bonbons ce qui attira la convoitise des enfants. Elle leur proposa ainsi un deal simple : un peu de selles contre 2 bonbons !
« Vous voulez vraiment échanger des selles contre vos bonbons ?» nous lança perplexe un des gosses qui semblait douter de nos facultés mentales. « Ok, comment allons nous faire ? ».

Le village ne disposait pas de latrines et tous les besoins se faisaient dans la forêt. On leur remis a chacun un petit sachet et il disparurent derrière les cases.
Au bout de quelques minutes, un des enfants revenait timidement avec son sachet qu’il cachait derrière son dos pendant que les rires reprenaient, visiblement les villageois étaient amusés par ce qui semblait être une farce à leur yeux.

Je récupérais le précieux sachet, allais derrière le 4×4, sortais les gants, étiquettes et tubes de gélose, relisais une dernière fois les instructions à suivre et, avec une curette, je prélevais délicatement un petit bout de selles que j’introduisais dans la gélose avant de refermer le tube.

Pendant ce temps, Anne-Marie recueillait les données cliniques (prénom, nom, âge, sexe…) puis étiquetait le tube. A l’enfant, elle remit les 2 précieux bonbons et, c’est à ce moment précis que les autres enfants nous prirent vraiment au sérieux. Les choses allèrent plus vite. Ce fut une course aux bonbons pour les autres. Les mères
encourageaient les enfants à aller vite rapporter leur objet de troc. Rapidement, on a été submergé par les sachets.

Ainsi, méthodiquement, nous obtenions les 15 premiers prélèvements. Puis le rythme se fit plus lent. Le dernier prélèvement fut assez difficile à avoir. Nous nous apprêtions même à plier bagages quand une mère accourue avec un petit enfant d’un an à peine et son sachet (comment s’y était-elle prise ?:-) ). La dernière affaire fut vite
conclue, le ciel commençait à se monter menaçant et il était déjà presque 18h.
Nous avons ensuite remercié l’ensemble des villageois de leur collaboration. Le chef fit l’éloge du Kinkéliba et nous pria de bien vouloir prévoir dans notre calendrier de sortie des visites médicales périodiques dans son village vu les difficultés qu’ils éprouvaient pour se rendre dans les structures de Santé les plus proches. Je promis d’en toucher un mot au président du Kinkéliba et à la directrice de la MMW.
Le voyage de retour fut aussi cahoteux mais heureusement, sans incident majeur surtout que la nuit était tombée progressivement. Nous étions vraiment KO.

Vers 20h30, nous sommes arrivés à Bambadinka où je pus enfin couper mon jeun (un des notables m’offrit chaleureusement un bol de kinkéliba au lait chaud avec une baguette de pain traditionnel tartiné : un régal). Diallo prit congé après nous avoir rempli de nouveau notre seau de lait caillé. Le reste du chemin se fit plus joyeux.
A hauteur de Missira, nous plongeâmes dans un rideau de pluie jusqu’à notre arrivée à la MM. Il était 23h et nous venions de faire 107 km au compteur. Nous étions lessivés mais heureux d’avoir pu remplir notre mission.
Les prélèvements ont été remis à Pascal le gérant de la maison médicale qui les remettra au Pr Rouveix.

Le vendredi, je m’offris une journée de repos dans la MM avant de reprendre la route pour retrouver les embouteillages et autres contraintes de la vie à Dakar mais cela, c’est une autre histoire. ☺

A la recherche des selles, 1ere partie

a la recherche de sellesA la recherche des selles

Wassadou, jeudi 25 Septembre 2007, 7h30 du mat…

Je m’extirpe promptement du lit, aujourd’hui, je vais à la « chasse » ou pour être plus exact, je vais à la quête….pas du Saint-Graal mais presque : je dois faire des prélèvements de selles à des patients n’ayant jamais pris d’antibiotiques de leur vie pour le Pr Bernard Rouveix.

Ce défi a commencé il y a quelques mois lors d’un déjeuner avec le Pr Rouveix (…) au cours duquel il m’a proposé de trouver des prélèvements de selles de patients vierges de toute antibiothérapie pour les besoins d’une recherche, en comparaison à d’autres patients ayant développé une résistance aux antibiotiques.

Le défi m’a immédiatement paru passionnant mais, j’étais loin de me douter des difficultés que j’allais rencontrer.
Donc, je pris mon bain et sorti retrouver Anne-Marie qui devait m’accompagner, à la porte de la maternité où elle discutait avec le Dr Zida.
Ils étaient en train de voir comment assurer la sortie médicale hebdomadaire vers Bambadinka (village à 40 km de la Maison Médicale Pierre Fabre de Wassadou) et en même temps, me permettre de pouvoir mener à bien ma mission avec une équipe.

La veille, à mon retour de Tamba où j’avais accompagné Anne-Marie qui y avait, avec brio, passé son permis de conduire, nous avions discuté de l’endroit où l’on pourrait trouver ce type de patients.

Mon idée première était d’aller vers les villages de Kaboudiara ou Tandan Médina au nord-ouest du Niokolo Koba qui sont les zones les plus éloignées et les plus difficiles d’accès du District Sanitaire de Tambacounda où l’équipe mobile a eu à aller.
Cependant, un membre de l’équipe, Tidjane, m’a fait la remarque comme quoi qu’il s’agissait certes de zones très enclavées mais où l’équipe mobile était allée régulièrement et donc, la plupart des villageois avait eu à être soigné un jour ou l’autre donc, ils serait difficile d’y trouver (heureusement ou malheureusement) des gens dont on est sûr qu’ils n’avaient jamais pris d’antibiotiques.

Zut alors me suis-je dis !!! Tidjane avait raison !
Finalement, nous décidâmes d’aller à Bambadinka (qui aussi a été plusieurs fois visité) puisque les populations nous y attendaient et qu’ensuite, nous irions vers les villages plus éloignés où cette…?!?!?!?! (je ne trouve pas de qualificatifs !!!) d’équipe médicale n’avait pas encore mis les pieds.

Les médicaments et le matériel médical furent donc chargés dans la Toyota et je demandais à Kali, l’aide de Frédéric (en déplacement) de me faire le plein de carburant à toute fin utile, bien que la jauge était déjà à un niveau satisfaisant.

Pendant ce temps, j’en profitais, avec Tidjane, pour soulager un patient qui venait de Gamon (45 km), d’une rétention aigue d’urine de plus de 48h puis, le Dr zida prit le relais pour un bilan étiologique et le suivi.

Vers 9h, avec Anne-marie, Diarra (l’aide sage-femme) et Ousmane (l’aide du dentiste que ce dernier nous a bien gentiment « prêté » et qui servirait d’interprète) le départ fut pris.

Nous nous dirigeâmes donc vers la gauche au sortir de la maison médicale comme pour retourner à Tamba. Arrivés à Missirah (28 km), nous prenons à droite un sentier
latéritique un peu cahoteux avec quelques zones boueuses et nous arrivions sans trop de peine à Bambadinka 11 km plus tard où un accueil chaleureux nous était réservé.

Après les salamalecs d’usage et une rapide visite chez le chef de village, une quinzaine de patients allaient être consultés dans la case de santé construite par les villageois et où officiait un agent de santé (Diallo). Diallo avait débuté la consultation tôt le matin et nous avait « réservé » ceux dont le cas semblait plus compliqué ou résistait à ses traitements.

Je profitais d’un moment où Anne-marie effectuait une CPN (consultation prénatale) pour lui expliquer les raisons de ma présence. Après quelques moments de réflexion, il me répondit qu’il serait très difficile de trouver cela dans le village depuis que les agents de la maison médicale ont commencé à y venir (c’est bon j’ai déjà entendu çà! ) mais, qu’il serait disposé à nous accompagner dans 2 villages perdus au nord où il a eu a faire des vaccinations mais d’accès vraiment très difficile en moto et assez hypothétique en voiture (enfin une bonne nouvelle !) surtout en cette saison des pluies.

La consultation fut donc vite bouclée et nous reprîmes vers 13h le chemin après que la femme de Diallo nous ait gracieusement offert plus de 5 litres de lait caillé (soow).

Nous sommes donc partis vers la droite dans une sorte de lit de rivière boueux sur 2 km environ puis, nous nous sommes engagés dans un sentier tout aussi vaseux et, rapidement, on s’est enfoncé dans une forêt de plus en plus dense avec cerise de hautes herbes de plus de 2 m parfois.

Le sentier disparut rapidement laissant place à … rien !!! Il n’y avait plus de route !!!
Nous étions dans une forêt assez dense, cherchant un chemin aléatoire en zigzaguant entre les arbres au gré des :
– à gauche, à gauche…
– à droite, à droite
– à gauche…heu…, non à droite plutôt, que me lançait un Diallo à peine moins déboussolé que moi.

La plupart du temps j’avais juste droit à : « essaie juste de passer Doc, c’est toi qui es au volant».

Le sentier, si encore on pouvait le nommer ainsi, était terrible !!! La visibilité à plus de 3 m était nulle, il fallait juste passer comme on pouvait. Parfois, Ousmane descendait pour déplacer une branche ou un petit tronc d’arbre qui obstruait le chemin. On a du traverser une trentaine de flaques ou mares, heureusement peu profonds (1 m maximum). Le chemin était surtout très glissant, une vrai patinoire, malgré les roues spéciales du véhicule et le mode 4×4 enclenché.

La forêt commençait peu a peu à s’éclaircir et nous avons longé des champs de maïs, signe qu’un village n’était pas très loin. Peu après, nous avons aperçu les premières cases.
Nous étions tombé sur un village (Simbani Peulh) d’une cinquantaine d’habitants.

Arrivés sous l’arbre à palabre, nous y trouvâmes le chef ainsi que quelques notables. Après les traditionnelles salutations, Diallo et Ousmane me servirent d’interprètes pour leur expliquer les raisons de notre présence pendant que, rapidement, les autres villageois nous rejoignaient.
A ce moment, une autre difficulté se présenta : comment faire la différence pour ces
villageois entre médicament et antibiotiques ??

On pouvait bien prendre des médicaments sans pour autant que cela ne fût des antibiotiques.
Des noms comme Amoxicilline ou Bactrim® sont assez bien connus des populations les plus isolées mais il y a tout un tas d’autres antibiotiques qu’ils auraient pu prendre sans en connaître la nature.

Au point où on en était, il était hors de question de prendre le risque d’avoir des échantillons non conformes à ce que l’on cherchait.

Rapidement, l’objectif de la sortie changeât : maintenant, on cherchait juste des patients n’ayant jamais pris de médicaments de la médecine moderne. C’était plus simple ainsi (pensez-vous ?!).

Sur ce, un des vieux nous déclara fièrement que lui n’avait jamais pris le moindre médicament de sa vie, juste des racines et autres décoctions de la médecine traditionnelle africaine et qu’il était prêt à nous aider !!!

J’exultais. J’allais avoir mon patient n° 1. Je l’invitais donc à aller dans sa case pour régler l’affaire.

A ce moment, une difficulté inattendue (mais dont j’aurais quand même du me douter)
arriva : le vieux refusa net quand on lui expliqua que je voulais un petit, alors la vraiment tout petit, échantillon de ses selles.

SELLES, voici le mot qu’il ne fallait pas prononcer. Il nous expliqua qu’il était disposé à accepter un examen physique ou une prise de sang ou même un échantillon d’urine à la limite mais ses SELLES ?!
Hors de question !! et d’ailleurs, il ne savait comment il pourrait nous en faire cadeau vu qu’il ne ressentait aucune envie urgente.
Et enfin, il termina en disant qu’il était indécent de demander, à quelqu’un qui à l’âge de son grand-père, des selles!
🙁
A SUIVRE …