Durant les grandes vacances scolaires, j’ai assisté à une fête donnée à l’occasion de la cérémonie de distribution des prix à l’école de ma fille avec une pièce de théâtre.

Etant au jardin d’enfants, elle prenait part au spectacle que les élèves du préscolaire devaient présenter avec notamment un petit sketch dans lequel elle tenait un rôle et qui devait se terminer par une petite chorégraphie.

Après avoir remarquablement assuré son rôle dans la 1ère partie du spectacle, ma fille a été littéralement paralysée par le tract au moment où elle devait exécuter quelques pas de danse sur l’estrade devant la bonne centaine de spectateurs présents dans la salle. Elle était carrément vitrifiée et ni les injonctions de sa maîtresse derrière elle, ni les chuchotements d’encouragements de sa mère, n’ont pu lui donner le courage de terminer sa prestation.

Assistant à la scène avec un œil amusé, cette mésaventure de ma fille m’a rappelé mes débuts, tout aussi peu glorieux, au théâtre. Ces débuts, qui ont été aussi mon premier, mon dernier et mon seul jour de théâtre de ma vie, sont restés douloureusement et honteusement gravés, à jamais, dans ma mémoire.

J’étais en 3ème au lycée et notre prof d’espagnol avait mis en scène une petite pièce de théâtre à l’occasion des activités culturelles marquant les fêtes de la jeunesse. Etant le plus jeune de la classe, j’y tenais un rôle primordial : celui d’un élève avec de très mauvaises notes et dont le père a été convoqué par le proviseur lors de la fameuse et tant redoutée traditionnelle journée de rencontre parents-professeurs. J’y tenais donc le rôle de ce malheureux potache dont toute la médiocrité s’expliquait par le fait que son père ne s’occupait pas du tout de sa
famille car étant régulièrement soit absent, soit ivre-mort.

Dans le scénario, le proviseur se rendait compte que finalement cet élève n’était qu’une victime dans
toute cette histoire et mon rôle se résumait à lancer la dernière phrase de la scène. Je devais donc dire, juste avant que le rideau ne tombe, un tonitruant : «si por lo menos, se preoccupa un poco de nosotros » (traduction: si au moins il s’occupait un peu de nous) et tourner les talons.
Vous conviendrez avec moi que mon texte, ainsi que mon rôle, n’étaient vraiment pas difficiles. MAIS, il y a eu
malheureusement un MAIS, il s’agissait d’une phrase en ESPAGNOL

Il se trouve que j’étais nul en espagnol, alors là, hyper nul ! M’enfin, n’exagérons rien, je n’étais jamais le dernier de la classe en espagnol de toute façon car, il y avait 2 de mes camarades de classe, M. Faye et S.S. Seck qui, toujours, se disputait la dernière place dans cette matière : la place du ndaaréé (dernier).

Moi j’étais, je l’avoue, « avant avant ndaaréé » (avant avant dernier), en espagnol je précise !!! et seulement en espagnol !
Pour en revenir à cette scène de théâtre, mon prof m’avait convaincu d’accepter de jouer ce rôle pour prouver que j’étais capable de faire plus et mieux dans sa matière (tu parles !) J’avais donc consciencieusement « répété » mon rôle durant les jours et des jours.

La représentation avait donc bien débuté et, au grand bonheur du public, je me faisais tirer les oreilles par mon « père » sur l’estrade avant que le proviseur ne comprenne que c’était justement lui la cause de toutes mes carences scolaires.

Alors, lorsqu’arriva le moment fatidique où je devais me lancer (en espagnol), j’ai oublié ma phrase !!!!! mon texte. Celui que j’avais mis des jours et des jours à apprendre.
J’étais…pétrifié….vitrifié…..statufié….comme ma fille aujourd’hui. C’était la honte et le déshonneur associés !!

Un grand moment de solitude devant les « millions » de pairs d’yeux qui me regardait sur cette maudite scène dans un silence assourdissant. Je cherchais donc dans cette forêt d’yeux, ceux de mon prof d’espagnol, celui qui m’avait mis dans ce pétrin, pour lui lancer un retentissant « Monsieur j’ai oublié mon texte !!!! ».
Et la le rideau tomba……

La pièce était finie, j’étais mort de honte.
Il eut un tonnerre d’applaudissements qui pourra surement être diversement apprécié.
J’ai essayé de me consoler intérieurement en me disant que le public pensera surement que cela faisait partie de la pièce puisque je jouais justement le rôle d’un très mauvais élève. Moi-même je ne crois pas trop à cette version car, manifestement, la réalité venait de dépasser la fiction.

Cette mésaventure avait fini de me convaincre que je n’étais vraiment pas fait pour parler espagnol, encore moins faire du théâtre penseront certains, moi en premier.
Je me contentais donc d’être « avant avant ndaaréé » jusqu’en terminale, année ou j’ai arrêté définitivement l’espagnol.
Pour le théâtre, inutile de vous dire que, plus jamais je ne suis remonté, et je ne remonterai, sur les planches, c’est bien trop dangereux pour moi.
Alors, si ma fille n’arrive pas à danser sur la scène de son école, quelque part ce n’est pas bien étonnant et je suis totalement et sincèrement solidaire avec elle dans son infortune.
– « ce n’est pas étonnant : Tel père, telle fille » m’a lancé sa mère.

En tout cas, moi, je ne lui en tiendrai pas rigueur. ☺

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toubibadakar
Je suis toubib! Docteur si vous voulez, gynécologue obstétricien plus précisément! Je suis né à Dakar, j'y ai grandi et fait toutes mes études du CI à la Spécialisation. J'adore écrire presque autant que mon boulot. Il m’arrive souvent d’écrire de petits articles biographiques sur ma vie de médecin à Dakar, et au Sénégal surtout, lors de mes missions en brousse. Je compte bien vous dire ici: pourquoi, comment, quand , ou, ma vie avec mes patient(e)s, sans mes patients, contre mes patients et pleins d’autres choses encore.
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