A la recherche des selles, 1ere partie

a la recherche de sellesA la recherche des selles

Wassadou, jeudi 25 Septembre 2007, 7h30 du mat…

Je m’extirpe promptement du lit, aujourd’hui, je vais à la « chasse » ou pour être plus exact, je vais à la quête….pas du Saint-Graal mais presque : je dois faire des prélèvements de selles à des patients n’ayant jamais pris d’antibiotiques de leur vie pour le Pr Bernard Rouveix.

Ce défi a commencé il y a quelques mois lors d’un déjeuner avec le Pr Rouveix (…) au cours duquel il m’a proposé de trouver des prélèvements de selles de patients vierges de toute antibiothérapie pour les besoins d’une recherche, en comparaison à d’autres patients ayant développé une résistance aux antibiotiques.

Le défi m’a immédiatement paru passionnant mais, j’étais loin de me douter des difficultés que j’allais rencontrer.
Donc, je pris mon bain et sorti retrouver Anne-Marie qui devait m’accompagner, à la porte de la maternité où elle discutait avec le Dr Zida.
Ils étaient en train de voir comment assurer la sortie médicale hebdomadaire vers Bambadinka (village à 40 km de la Maison Médicale Pierre Fabre de Wassadou) et en même temps, me permettre de pouvoir mener à bien ma mission avec une équipe.

La veille, à mon retour de Tamba où j’avais accompagné Anne-Marie qui y avait, avec brio, passé son permis de conduire, nous avions discuté de l’endroit où l’on pourrait trouver ce type de patients.

Mon idée première était d’aller vers les villages de Kaboudiara ou Tandan Médina au nord-ouest du Niokolo Koba qui sont les zones les plus éloignées et les plus difficiles d’accès du District Sanitaire de Tambacounda où l’équipe mobile a eu à aller.
Cependant, un membre de l’équipe, Tidjane, m’a fait la remarque comme quoi qu’il s’agissait certes de zones très enclavées mais où l’équipe mobile était allée régulièrement et donc, la plupart des villageois avait eu à être soigné un jour ou l’autre donc, ils serait difficile d’y trouver (heureusement ou malheureusement) des gens dont on est sûr qu’ils n’avaient jamais pris d’antibiotiques.

Zut alors me suis-je dis !!! Tidjane avait raison !
Finalement, nous décidâmes d’aller à Bambadinka (qui aussi a été plusieurs fois visité) puisque les populations nous y attendaient et qu’ensuite, nous irions vers les villages plus éloignés où cette…?!?!?!?! (je ne trouve pas de qualificatifs !!!) d’équipe médicale n’avait pas encore mis les pieds.

Les médicaments et le matériel médical furent donc chargés dans la Toyota et je demandais à Kali, l’aide de Frédéric (en déplacement) de me faire le plein de carburant à toute fin utile, bien que la jauge était déjà à un niveau satisfaisant.

Pendant ce temps, j’en profitais, avec Tidjane, pour soulager un patient qui venait de Gamon (45 km), d’une rétention aigue d’urine de plus de 48h puis, le Dr zida prit le relais pour un bilan étiologique et le suivi.

Vers 9h, avec Anne-marie, Diarra (l’aide sage-femme) et Ousmane (l’aide du dentiste que ce dernier nous a bien gentiment « prêté » et qui servirait d’interprète) le départ fut pris.

Nous nous dirigeâmes donc vers la gauche au sortir de la maison médicale comme pour retourner à Tamba. Arrivés à Missirah (28 km), nous prenons à droite un sentier
latéritique un peu cahoteux avec quelques zones boueuses et nous arrivions sans trop de peine à Bambadinka 11 km plus tard où un accueil chaleureux nous était réservé.

Après les salamalecs d’usage et une rapide visite chez le chef de village, une quinzaine de patients allaient être consultés dans la case de santé construite par les villageois et où officiait un agent de santé (Diallo). Diallo avait débuté la consultation tôt le matin et nous avait « réservé » ceux dont le cas semblait plus compliqué ou résistait à ses traitements.

Je profitais d’un moment où Anne-marie effectuait une CPN (consultation prénatale) pour lui expliquer les raisons de ma présence. Après quelques moments de réflexion, il me répondit qu’il serait très difficile de trouver cela dans le village depuis que les agents de la maison médicale ont commencé à y venir (c’est bon j’ai déjà entendu çà! ) mais, qu’il serait disposé à nous accompagner dans 2 villages perdus au nord où il a eu a faire des vaccinations mais d’accès vraiment très difficile en moto et assez hypothétique en voiture (enfin une bonne nouvelle !) surtout en cette saison des pluies.

La consultation fut donc vite bouclée et nous reprîmes vers 13h le chemin après que la femme de Diallo nous ait gracieusement offert plus de 5 litres de lait caillé (soow).

Nous sommes donc partis vers la droite dans une sorte de lit de rivière boueux sur 2 km environ puis, nous nous sommes engagés dans un sentier tout aussi vaseux et, rapidement, on s’est enfoncé dans une forêt de plus en plus dense avec cerise de hautes herbes de plus de 2 m parfois.

Le sentier disparut rapidement laissant place à … rien !!! Il n’y avait plus de route !!!
Nous étions dans une forêt assez dense, cherchant un chemin aléatoire en zigzaguant entre les arbres au gré des :
– à gauche, à gauche…
– à droite, à droite
– à gauche…heu…, non à droite plutôt, que me lançait un Diallo à peine moins déboussolé que moi.

La plupart du temps j’avais juste droit à : « essaie juste de passer Doc, c’est toi qui es au volant».

Le sentier, si encore on pouvait le nommer ainsi, était terrible !!! La visibilité à plus de 3 m était nulle, il fallait juste passer comme on pouvait. Parfois, Ousmane descendait pour déplacer une branche ou un petit tronc d’arbre qui obstruait le chemin. On a du traverser une trentaine de flaques ou mares, heureusement peu profonds (1 m maximum). Le chemin était surtout très glissant, une vrai patinoire, malgré les roues spéciales du véhicule et le mode 4×4 enclenché.

La forêt commençait peu a peu à s’éclaircir et nous avons longé des champs de maïs, signe qu’un village n’était pas très loin. Peu après, nous avons aperçu les premières cases.
Nous étions tombé sur un village (Simbani Peulh) d’une cinquantaine d’habitants.

Arrivés sous l’arbre à palabre, nous y trouvâmes le chef ainsi que quelques notables. Après les traditionnelles salutations, Diallo et Ousmane me servirent d’interprètes pour leur expliquer les raisons de notre présence pendant que, rapidement, les autres villageois nous rejoignaient.
A ce moment, une autre difficulté se présenta : comment faire la différence pour ces
villageois entre médicament et antibiotiques ??

On pouvait bien prendre des médicaments sans pour autant que cela ne fût des antibiotiques.
Des noms comme Amoxicilline ou Bactrim® sont assez bien connus des populations les plus isolées mais il y a tout un tas d’autres antibiotiques qu’ils auraient pu prendre sans en connaître la nature.

Au point où on en était, il était hors de question de prendre le risque d’avoir des échantillons non conformes à ce que l’on cherchait.

Rapidement, l’objectif de la sortie changeât : maintenant, on cherchait juste des patients n’ayant jamais pris de médicaments de la médecine moderne. C’était plus simple ainsi (pensez-vous ?!).

Sur ce, un des vieux nous déclara fièrement que lui n’avait jamais pris le moindre médicament de sa vie, juste des racines et autres décoctions de la médecine traditionnelle africaine et qu’il était prêt à nous aider !!!

J’exultais. J’allais avoir mon patient n° 1. Je l’invitais donc à aller dans sa case pour régler l’affaire.

A ce moment, une difficulté inattendue (mais dont j’aurais quand même du me douter)
arriva : le vieux refusa net quand on lui expliqua que je voulais un petit, alors la vraiment tout petit, échantillon de ses selles.

SELLES, voici le mot qu’il ne fallait pas prononcer. Il nous expliqua qu’il était disposé à accepter un examen physique ou une prise de sang ou même un échantillon d’urine à la limite mais ses SELLES ?!
Hors de question !! et d’ailleurs, il ne savait comment il pourrait nous en faire cadeau vu qu’il ne ressentait aucune envie urgente.
Et enfin, il termina en disant qu’il était indécent de demander, à quelqu’un qui à l’âge de son grand-père, des selles!
🙁
A SUIVRE …

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toubibadakar
Je suis toubib! Docteur si vous voulez, gynécologue obstétricien plus précisément! Je suis né à Dakar, j'y ai grandi et fait toutes mes études du CI à la Spécialisation. J'adore écrire presque autant que mon boulot. Il m’arrive souvent d’écrire de petits articles biographiques sur ma vie de médecin à Dakar, et au Sénégal surtout, lors de mes missions en brousse. Je compte bien vous dire ici: pourquoi, comment, quand , ou, ma vie avec mes patient(e)s, sans mes patients, contre mes patients et pleins d’autres choses encore.

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